10 mars 2001

Ce qu’il y a de plus difficile à supporter en Inde, c’est le bruit permanent. Et c’est surtout dû aux klaxons variés: camions, bus, rickshaws, voitures, motos, scooters, vélos, vendeurs de glaces… Chacun a au moins un klaxon. Je dis “au moins” car beaucoup en ont plein! Pour menacer, pour avertir, pour reculer, pour impressionner, à une note, à 2 notes, à 3 notes et parfois, de véritables morceaux de musique! La constante: le plus fort et le plus strident possible. Mais en fait, c’est vital le klaxon. C’est grâce à lui que la circulation se fait. Ça sert à dire: “gare, je passe”, “je te double”, “sache piéton que je passe à 5 cm de toi, ne bouge pas”, “je tourne”, “bouge-toi, tu gênes”, “dégage, c’est ma place”, “file grosse vache (sacrée)”, “moi d’abord”, “je recule” ou encore “salut”… De toute façon, ils klaxonnent à chaque coin de rue et 10 fois entre chaque carrefour, alors… Et on dirait qu’ils font exprès de klaxonner chaque fois qu’ils se trouvent à côté de nos oreilles. Vu la circulation, ça tape plutôt sur les nerfs!

Expérience à Fort Cochin. Nous sommes au Kerala, État à majorité catholique, quelques musulmans quand même, quelques hindous et une vingtaine de juifs. État communiste, paradoxalement très avancé sur bien des points: rues propres, scolarisation gratuite pour tous, ce qui en fait l’État le plus scolarisé avec le moins d’analphabètes, vie portuaire très active. Villas cossues (eh oui) de commerçants prospères, nombreux magasins fermés et climatisés (pas uniquement des échoppes ouvertes sur la rue). Bref, on se croirait presque en Europe du Sud! Ça, ajouté à la moiteur qui fait coller mon pantalon à mes jambes (ce qui est presque aussi insupportable que les klaxons), j’ai décidé de tenter le short! Résultat surprenant: tout le monde éclate de rire à mon passage, hommes et femmes! Déroutant. J’étais moyen à l’aise, il faut absolument que je trouve une robe.

Balade à Bazar Road et dans le quartier juif. Partout, les odeurs d’épices nous emplissent les narines, ça fait un peu tousser, mais qu’est-ce que c’est parfumé! Piments rouges séchés par panières entières, noix de muscade, poivre, mais aussi ail, oignons, noix de cajou, une dizaine de variétés de riz différentes, tabac, bétel… Nous sommes dans la rue des ventes en gros et tout ça se vend par sacs de jute d’environ 50 kg! Ici, on compte, là, on évalue, là, on charge, là-bas, on décharge le camion ou la charrette à bras, là, on marchande, et là, ici et là-bas, on glandouille!

Ce matin, superbe balade en pirogue sur les backwaters, ces enchevêtrements d’étroits canaux creusés par l’homme, entre les lacs, la grosse rivière et la mer. En plus du paysage, de la nature généreuse, des martins-pêcheurs bleus voletant devant nous, des nénuphars fleuris, des îles flottantes d’herbes racines dans l’eau, nous avons beaucoup appris. Les backwaters ont été creusés par l’homme qui récupère le sable, le charge sur sa pirogue et en fait des maisons et autres constructions. C’est ainsi que la rivière d’une trentaine de mètres de large est maintenant profonde de 10 mètres! Ici, les gens vivent de ça et de la pêche (poissons, crabes, crevettes) et ils se déplacent en pirogue (on se croirait dans le Marais poitevin). On a appris à trouver: noix de muscade, café, cacao, ananas, poivre, clou de girofle, noix de cajou, arbre pour faire les pirogues, etc. Et surtout, à exploiter toutes les richesses de la noix de coco: cueillie à 2 mois, on obtient plein d’eau de coco à boire. Cueillie à 4 mois, elle est très, très complète, il n’y a presque plus de lait de coco et par contre plein de “meat”, de chair. On presse la chair pour obtenir de l’huile qui sert à cuisiner, masser, pour les cheveux, pour la peau. Les fibres qui restent sont pour les vaches qui les mangent. La chair est aussi utilisée “cakes” qui servent d’appât pour la pêche. La coque séchée de la noix de coco est brûlée. Son épaisse enveloppe (verte/jaune) est filandreuse, elle est séchée, ce qui donne des fibres, passées dans une machine manuelle en bois pour en retirer les saletés, et on en fait des cordes en les liant à la main ou avec une étrange machine! Si on veut des cordes hyper solides, il faut laisser les fibres tremper dans l’eau 5 à 6 mois avant de les tresser. Une autre partie encore sert d’engrais. Et enfin, car rien ne se perd, si on abat un arbre, on utilise le bois ET les racines (peu profondes, avec plein de petites racines)! La souche est mise dans l’eau avec des appâts (de coco!) sur un filet. On la laisse là quelques jours, le temps que les crevettes et poissons y viennent, puis on remonte le tout dans le filet et le tour est joué! Nous voilà transformés en vrais Robinsons Crusoé, on peut retourner à Goa! Entre nous, l’eau de coco, j’aime pas vraiment, mais bon, faut pas vexer, alors j’ai essayé de boire toute ma noix, mais il y a au moins un litre là-dedans!

11 mars 2001

On a hésité à partir ce matin pour Quillon. Le trajet se fait par bateau et par bus. Mais il faut se lever à 7h00 et on n’est pas complètement remis de notre dur voyage en train. Après tout, on a le temps, on est en Inde pour 2,5 mois et en vacances pour presque un an. Bref, aujourd’hui, on glande pas mal à Cochin vu qu’il n’y a pas grand-chose à faire, surtout le dimanche où tout est fermé. J’ai l’impression que la glande n’est pas finie, on vient d’apprendre que demain, une grève générale va paralyser le pays. Du coup, pas question de partir… Ce soir, on a vu le coucher de soleil dans les filets chinois, ces savantes machines qui servent à remonter des filets tendus sur des mâts en bois. On n’était pas seuls. C’est le week-end, la plage est remplie d’Indiens, de familles, de bandes de jeunes, de couples d’amoureux. Et partout, les vendeurs de glaces et leurs clochettes qui jouent leur musique monotone. Hier soir, en plus, on a vu des dauphins à quelques dizaines de mètres de la plage… Peut-être que eux aussi, ils venaient voir le coucher de soleil. À moins qu’ils ne suivaient les bateaux des pêcheurs. Y’en a qui ne pensent qu’à manger! Au fait, Marion, qu’est-ce qu’on mange ce soir?

12 mars 2001

Difficile d’imaginer qu’on est en Inde. Déjà que l’ambiance dans le Kerala est plus détendue que dans le nord, mais là quand même… Pas un bus. Pas une voiture. À peine quelques motos de temps en temps. On peut se balader au milieu de la rue sans crainte d’être aplati par un bus, c’est peu courant… Personne non plus pour nous interpeller, pour nous vendre un truc. Les magasins sont fermés. Seuls un ou deux restos sont ouverts, histoire de ne pas laisser les touristes mourir de faim. Bref, personne ne travaille, la grève semble être suivie par vraiment tout le monde. Faut dire qu’ils ont de l’entraînement, il paraît que c’est assez régulier. Et puis cela a commencé il y a pas mal de temps, avec Gandhi qui paralysait le pays par de grands mouvements pour gagner l’indépendance de l’Inde. La grève, cela doit être culturel ici. Celle d’aujourd’hui, c’est pour des raisons liées au vote du budget, on n’a pas tout compris. Ce soir, on dort à Alleppey qu’on a rejointe par bus, la grève s’est terminée comme prévu à 18h00.

La route qui nous mène vers notre ballade sur les backwaters à côté de Cochin
La route qui nous mène vers notre ballade sur les backwaters à côté de Cochin
Transport de sable... payés une misère
Transport de sable... payés une misère
Marion et le rameur à l'avant de la pirogue
Marion et le rameur à l'avant de la pirogue
Papy rameur
Papy rameur
Noix de coco
Noix de coco
arrêt pour boire de l'eau de coco
arrêt pour boire de l'eau de coco
Fabrication de corde... la dame tourne la roue pendant que deux autres femmes filent la fibre de noix de coco
Fabrication de corde... la dame tourne la roue pendant que deux autres femmes filent la fibre de noix de coco
Fabrication de corde... la dame tourne la roue pendant que deux autres femmes filent la fibre de noix de coco
Fabrication de corde... la dame tourne la roue pendant que deux autres femmes filent la fibre de noix de coco
Papy rameur
Papy rameur
Au bord des canaux, les gens se lavent, font la vaisselle et la lessive
Au bord des canaux, les gens se lavent, font la vaisselle et la lessive
cocotiers les pieds dans l'eau
cocotiers les pieds dans l'eau
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La rue des commerces d'épices en gros
La rue des commerces d'épices en gros
La rue des commerces d'épices en gros
La rue des commerces d'épices en gros
Filets chinois
Filets chinois
Filets chinois
Filets chinois
Pêcheur devant les filets chinois
Pêcheur devant les filets chinois
Jour de grève
Jour de grève
Jour de grève
Jour de grève
Jour de grève
Jour de grève
Restaurant ambulant dans lequel on a mangé des samosas... mais dans le sud, il n'y mettent pas de pommes de terre
Restaurant ambulant dans lequel on a mangé des samosas... mais dans le sud, il n'y mettent pas de pommes de terre
Filets chinois. Les pêcheurs relèvent le filet en descendant le mat servant de levier. Des pierres servent de contre-poids
Filets chinois. Les pêcheurs relèvent le filet en descendant le mat servant de levier. Des pierres servent de contre-poids
Filets chinois. Les pêcheurs relèvent le filet en descendant le mat servant de levier. Des pierres servent de contre-poids
Filets chinois. Les pêcheurs relèvent le filet en descendant le mat servant de levier. Des pierres servent de contre-poids