|
Janvier 2004. Cela fait deux ans maintenant que nous sommes revenus
de notre tour du monde. On va essayer de vous faire découvrir
ici les quelques pays que nous avons visité. En attendant
de repartir nous même un jour... en bateau peut-être
cette fois-ci...
En attendant, voici nos impressions et souvenirs deux ans plus
tard...
Marion, deux ans après
Cela va faire deux ans que nous sommes rentrés de ce magnifique
vagabondage. Deux ans, un mariage, un beau petit bébé et je crois
que je n'ai pas encore atterri. Pas envie.
Chaque jour m'apporte matière à m'y replonger. Au début, je nous
revoyais en Asie, en Inde, puis en Amérique du sud, centrale, et
maintenant, tantôt d 'un côté, tantôt de l'autre. L'envie de repartir
est là. On a envisagé de partir en voilier, plus tard, avec les
enfants qu'on aura. Alors, on a fait notre premier stage de voile.
Peut-être le début de la suite du rêve.
Quand je regarde les photos rapportées de voyage, je me demande
ce que font les gens qui y sont. Que sont-ils devenus ? Quelle est
leur vie ?
En attendant, on prépare notre retraite qu'on voudrait très, très
anticipée. On travaille, on investit, on retape. Nos amis sont restés
très présents.
On peut continuer à errer.
Financièrement, c'est comme l'achat d'une petite
voiture : 60 000FF chacun, tout, tout compris, pour un an. Et pas
d'impôts à payer l'année du retour. Le tout est de bien s'organiser
pour le courrier, la déclaration d'impôts, la banque, les assurances...
Ce que je retiens peut-être le plus de ce voyage, c'est la liberté.
Liberté d'être, d'esprit, de faire. La totale disponibilité d'esprit
et de temps dont nous avons bénéficié et qu'il est difficile de
conserver dans nos vies de fous. Ca nous a permis d'être réceptifs
à ceux que nous avons rencontrés, à ce que nous avons vécu. J'espère
réussir à ne jamais trop me laisser rattraper par le tourbillon
de la vie, ne jamais trop oublier ce que j'ai appris.
Si quelqu'un hésite encore, un seul conseil, il faut le faire, partir
à la découverte. Ca rend serein et ça ouvre l'esprit. Le tout est
de le décider. (Personnellement j'ai trouvé beaucoup plus facile
de décider de partir que de me forcer à ne pas partir.) Et de prendre
une année sabbatique, ce qui permet de réintégrer son boulot et
de pas partir à la dérive au retour.
Sur ce, bon vent !
Lionel, deux ans après
Notre voyage a suscité pas mal de curiosité. Ce n'est pas banal
de partir un an. Et puis aller au Vietnam, visiter le Cambodge,
remonter l'Amazonie ou encore traverser la Bolivie ça ne laisse
pas indifférent beaucoup de monde. Tout comme ne laisse pas indifférent
le fait de l'avoir fait sac à dos, dans des conditions que certains
jugeraient austères ou tout au moins manquant de confort.
Tout commence par une occasion qu'on nous donne et que l'on saisit
de partir. Dans mon cas, ce fût Marion. Je n'ai pas été élevé dans
la culture du voyage. Je pense avoir été comme une majorité pour
qui il y avait simplement des images, des villes, des régions, des
fleuves qui faisaient rêver et d'autres qui faisaient peur, qui
inquiétaient. Difficile d'échapper à l'imaginaire collectif, où
se succèdent sans cesse exotisme et inquiétude à l'évocation de
certains pays, religions, ou situations.
Et puis on décide de partir. Avec toutes ces idées préconçues.
Vérités ou poncifs.
Alors vient le voyage. La route qui défile. Les visages remplacés
par d'autres visages. L'émerveillement devant la nature majestueuse,
devant un colibri minuscule, une baleine joueuse une colonie de
fourmis qui balade des feuilles d'arbres. La fascination face à
des civilisations à l'opposé de la notre, face aux vestiges de certaines
autres aujourd'hui disparues. Les émotions, les situations touchantes,
les joies, le dégoût, le sentiment d'injustice aussi parfois. Le
plaisir d'être là, de voir ce qu'on voit, de connaître ce que l'on
est en train de vivre. Mais aussi le sentiment parfois d'être de
trop, de participer à un mouvement qui ne va pas dans le bon sens.
Tour à tour touriste qui apporte du positif au pays et celui qui
participe à un nouveau type de colonisation. Tour à tour celui qui
aide et celui qui, maladroit, détruit sur son passage, corromps,
influence dans le mauvais sens.
Et enfin, ou plutôt déjà, on revient. On revient vers la famille
et les amis. Mais on revient aussi vers le boulot, la vie de fou.
La société de sur-consommation. Avec le sentiment d'avoir fait quelque
chose, non pas d'extraordinaire ni d'aventurier ni d'exotique. On
revient avec le sentiment d'avoir fait quelque chose de marquant,
avec la certitude qu'il y aura désormais un avant et un après. On
revient avec l'espoir d'avoir fait un peu plus que simplement passer
et s'être arrêté aux images d'Epinal mais avec la lucidité de n'avoir
pas suffisamment creusé, peut-être par manque de temps, peut-être
pour garder quelques illusions, peut-être aussi parce qu'il est
agréable de butiner. On revient avec toute cette dualité et ces
doutes qui nous ont accompagnés du début à la fin, ce mélange de
réalisme sur le présent de l'humanité et sur l'avenir qu'on aimerait
optimiste.
Alors lorsqu'on me demande " quel pays as-tu préféré ? " après
la réponse évidente " tous ", je réponds que c'est sans doute l'Inde.
Elle qui représente à elle seule tous ses aspects contradictoires.
Elle qu'on aime puis qu'on déteste.
Et, lorsqu'on me demande " il en reste quoi de ce voyage ? ", j'ai
un peu de mal à répondre. C'est un des événements les plus importants
de ma vie (avec Marion et Cerise :-). C'était la liberté, c'était
la découverte, c'était l'apprentissage, l'initiation. C'était l'
immersion dans la vrai monde, le monde dont on ne connaît que les
images déformées fournies par la téloche. Images insipides, noyées
parmi tant d'autres et qui semblent tellement éloignées de notre
petite vie confortable.
La Terre pourrait nourrir 30 milliards d'être humains
s'ils vivaient comme les paysans du Bangladesh mais seulement 700
millions s'ils vivaient comme les européens occidentaux (Quid 2004).
Pour résumer - si c'est possible de mettre des mots sur ce mélange
de sentiments, je dirais qu'on revient d'un tel voyage avec l'envie
de crier que le monde est beau, riche de diversité, que la nature
est époustouflante. Qu'il faut préserver tout cela. Et qu'il faut
partir aller voir, se rendre compte par soi-même (c'est facile et
abordable à partir du moment où on le veut). Et puis l'autre chose
qu'on a envie de ressasser, c'est que nous autres, occidentaux,
ne sommes même plus en mesure de nous rendre compte de la chance
que nous avons, du confort dans lequel nous vivons. Et que ce confort,
payé si peu cher par rapport au travail exténuant de beaucoup, est
possible uniquement parce que les deux tiers du monde vit dans la
misère, misère exploitée pour faire tourner notre monde à nous.
Mais c'est là un autre débat...
|