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27/03/2005
Cienfuegos ...
7H30. On est comme prévu au terminal de bus 15 minutes avant le départ du bus pour Cienfuegos. C’est simple de savoir qu’on est au bon endroit, il n’y a sur cette grande place carrée que des touristes. En fait tout ce petit monde ne va pas à Cienfuegos et le beau bus climatisé Azul qui attend pour partir n’est pas non plus celui de Cienfuegos. Il part pour Santiago je crois. Mais où est notre bus alors ? Il est 7H45 et on est sensé partir maintenant. En fait, le bus va avoir un peu de retard, c’est ce qu’ils ont dit à Séb une fois les billets achetés.
En attendant notre bus qui traîne de plus en plus, je vais faire un tour derrière l’endroit où on attend. C’est presque un autre terminal dans le terminal où attendent les cubains. Il y a des bancs et une télé. A fond, comme d’habitude. Un gars passe parmi les cubains et propose une voiture particulière pour 40 pesos cubains. Trois personnes acceptent, c’est mauvais signe ça ! J’ai l’impression que le réseau de bus n’est pas forcément des plus organisés...
Le temps passe... Enfin un bus arrive et en plus il a une pancarte « Cienfuegos ». Par contre bizarre, c’est pas un Azul mais un Astro, la compagnie que prennent les cubains et que nous aurions aimé prendre nous aussi si un système de cota ne rendait pas la chose quasi impossible si on n’est pas à Cuba pour 2 mois. En fait on aurait aimé cette compagnie non pas pour le prix plus modeste (3 $ au lieu de 6) mais pour vivre un peu les transports locaux. Mais visiblement le gouvernement cubain n’a pas trop envie de nous laisser vivre cela : il y a à seulement deux places réservées aux touristes. Pour Cienfuegos, cela signifie réserver 1 mois à l’avance.
Le bus Astro part. Sans la clim. et avec des sièges moins confortables, mais il part ! Sans les deux touristes non plus d’ailleurs.
Notre bus traîne de plus en plus, on commence à trouver un peu le temps long. Il est sensé venir de la Havane et est maintenant annoncé à 9H15. Heure à laquelle il finit par arriver et finit par repartir. Cela ne fait que 1 heure 30 de retard. Le bus est confortable et la climatisation est à fond. On se gèle ! Une heure trente plus tard, on arrive à Cienfuegos.
Il fait beau, plus que ça, il fait chaud, très chaud. Carmen de là où l’on logeait à Trinidad a téléphoné à sa copine d’ici pour lui dire de venir nous chercher au terminal de bus. Vu notre grande ponctualité, on espère qu’elle aura abandonné, on préfère se débrouiller seuls.
Une dame arrive alors qu’on est en train de se renseigner sur les horaires des bus pour Playa Larga ou Playa Giron. Comme un ballot, je lui réponds quand elle me demande mon prénom. Mince ! Du coup, on se sent obligé de la suivre jusqu’à une maison qui n’est visiblement pas la sienne. Lorsqu’on lui dit que 25 c’est un peu cher, le prix passe à 20. Carmen nous avait parlé de 15, et lorsqu’on lui dit qu’on aimerait voir une ou deux autres adresses, elle s’énerve un peu et nous dit que ce n’est pas la peine de revenir, que d’autre touristes arrivent... tant pis !
On va voir une adresse du routard. Complet. La dame très gentille téléphone à son petit réseau. Occupé. Occupé. Faut dire que c’est la semaine sainte. On recharge les sacs, non sans s’être rafraîchis d’une eau bien fraîche gentiment offerte et on part à la recherche d’une casa partiular. Repérable au loin avec nos gros sacs, on se fait accoster par un sympathique québécois, Michel, qui est là pour 3 mois, le temps de laisser passer l’hivers chez lui. Il nous propose de le suivre, nous offre un jus d’orange que Séb presse pour tous, pendant que le gars de la casa téléphone à tout son réseau ! Trop sympas ces cubains !
Finalement, il trouve ! Quelqu’un vient nous chercher en moto des années 50. Il faut retraverser toute la ville et remonter au delà du terminal de bus ! Le tout à pied puisqu’on a très poliment refusé de s’y rendre en voiture, soucieux de juger si l’endroit n’était pas trop loin du centre ... Et on sue, on sue... et on pue, on pue... Mais ça vaut le coup ! Chez Alain, c’est très bien ! Belle maison très agréable et moderne, décoration très kitch.
On pose tout et en route pour découvrir Cienfuegos. La ville est aérée, très agréable est vivante. De belles maisons un peu partout. Le Prado si animé, et même une rue piétonne avec de belles boutiques modernes. Contraste avec les rares boutiques de fringues que nous avons vu jusqu’à présent et qui étaient très mal achalandées et un peu tristounettes. Ici, il y a de la couleur. On se promène partout pour finir sur la place principale : le parc Jose Marti. Très jolie place entourée de magnifiques monuments et maisons. On s’y pose un peu, on écoute un peu de musique jouée dans un bar, on retrouve par hasard notre québécois Michel. Lionel se fait suivre par un balayeur, cigare au lèvres qui n’arrête pas de lui faire sa plus chouette tête. Le contraste est drôle : balais et pelle dans les mains, il nettoie le parc sans cesser de fumer son cigare. Détail troublant, sa pauvreté apparente contraste elle aussi avec son appareil auditif...
Pour déjeuner, un "rapido", fast-food local, nous tend les bras avec ses pizzas au fromage. Délicieux. Un des gars qui sert fait signe d’entrer, à travers la vitrine du magasin, à un mec qui fait la manche sur le trottoir. Il lui offre une pizza...
Puis on va vers la mer ! Enfin, la mer ! Et on marche, on marche, jusqu’à la pointe de Punta Gorda. On croise de belles maisons, de vieilles voitures, des charrettes à cheval taxis, des gens sympas qui nous hèlent, nous sifflent et même veulent se marier avec nous ! C’est beau, c’est propre. Il faut dire qu’à Cuba les lieux publics sont souvent bien entretenus, les haies taillées, l’herbe coupée, des arbres parfois plantés le long des routes. Ca, c’est le gouvernement. Mais les particuliers aussi pensent tous à fleurir leurs maisons. C’est très agréable.
Au bout du Prado, quelques maisons en bois et... une plage. Nous, on a pris quelques bons coups de soleil parce qu’on a bien parcouru 3 kilomètres sous un soleil de plomb et que de l’ombre, il n’y en a jamais !
Pieds dans l'eau pour Lionel et Séb. Puis demi-tour pour retrouver une terrasse fort sympa repérée tout à l'heure. Pas de touristes sauf cubains, et ça picole! Le bistrot est en bord de mer sur une genre d'estrade, le rhum coule à flot et la cerveza tambien! Alors pour se fondre dans la masse, on fait pareil. A côté de nous, une jeune femme se fait soudain arrosée de bière! Bah, elle va coller! Son petit garçon en pleure de peur! Elle semble fêter son anniversaire. Plus tard, en rentrant, on la retrouve poursuivant leur poursuite de rhum dans un autre bistrot.
Nous rentrons en charrette à cheval. Il est théoriquement interdit aux touristes de les emprunter! Alors quitte à être dans l'illégalité, le tarif est de 1 peso convertible pour nous contre 1 peso pour les Cubains…
Le soir, nous allons dîner dans un resto de fous sur le Prado, "El Restaurante Del Chef" ou un truc comme ça. "La Casa Del Chef" plutôt. Il y a un portier-rabatteur qui nous fait admirer toutes les photos dans le hall des différentes décorations reçues par "El Chef", et il y en a plein!
Pas de carte, un serveur sympa avec une bonne haleine de rhum nous énonce les trois plats possibles. On choisit, ça arrive, c'est bien gras et bien salé comme souvent à Cuba. Même le dessous des assiettes est gras! A côté, quelqu'un fume le cigare et n'arrête pas de pousser le volume de la mini chaîne HIFI qui trône sur un buffet.
Et soudain, El Chef sort de sa cuisine avec sa toque et un grand sourire, sort sa guitare bien grasse et… entame une belle sérénade.
En rentrant, on discute un peu avec Alain. Un avion passe. "Mira!" s'exclame sa femme. Il y a son cousin dedans qui part s'installer aux USA. Toute la famille d'Alain est installée là bas. Pas celle de sa femme. Pour y aller, nous explique Alain, il y a trios façons de faire: le rapprochement familial, se marier –mais ils vérifient pendant au moins deux ans- ou la chance grâce à un tirage au sort.
Il nous confirme quelques chiffres concernant l'économie à Cuba : un médecin gagne 20 pesos convertibles (dollars) par mois, un policier 40; la taxe à Cienfuegos pour une chambre louée à des touristes est de 134 pesos –vide ou occupée; l'électricité est peu chère –cela explique la clim qui tourne sans arrêt; l'école est entièrement gratuite –fourniture incluse; idem pour les médecins et les dentistes –même s'il faut payer un peu plus cher si on veut être mieux soigné. Avec un salaire de 20 pesos par mois pour un médecin, on imagine bien qu'un petit pourboire doit quelque fois bien aider! Les médicaments sont gratuits à condition de passer par un médecin (alors pourquoi Rafael attend-il des médicaments de France?). Bref, il y a du bon et du moins bon. Alain, lui, partirait bien aux USA, surtout pour rejoindre sa famille. Même s'il est conscient que sa vie ici a quelques avantages: louer sa maison aux touristes suffit à faire vivre toute sa famille. Il a abandonné son ancien boulot (il bossait dans une "alamence" ou un truc du genre, en rapport avec la nourriture servit dans une cafétéria, on a pas trop bien compris…)
Suite du voyage : Playa Larga
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