Monde 2001  
Carnet de voyage - Cuba - Le tour de Juan
       
     
Itinéraire - la carte
 

30/03/2005

Petit déjeuner sur la terrasse de Mayelin, la voisine de Aquelina. Juan nous rejoint, on discute un peu. Et puis il nous demande si on est prêt à y aller. Mais que c'est comme on veut, que Cuba c'est la démocratie : "Si o Si", "Oui ou Oui"… Et il se poile comme un gamin qui vient de faire une bonne blague… Ca promet!

Il est 9H00, on part pour 3 ou 4 heures de balade. Très vite on arrive devant une petite maison qui appartient à un paysan qui cultive du tabac. Juste devant la maison, ils sont en train d'en construire une autre, en partie grâce aux aides gouvernementales pour la construction suite au cyclone Yvan en septembre 2004 (on a eu beau faire répéter plusieurs fois, on ne comprend pas bien ce que doit payer se brave homme et ce qui est couvert par les subventions).

Le paysan s'installe sur une table et nous montre comment il fait les cigares. Il faut en général 3 grandes feuilles pour faire un cigare. Le vocabulaire est très précis. On distingue trois parties dans un cigare. L'intérieur s'appelle la "picadura". Ensuite vient la "capote" qui entoure la picadura. Et puis au-dessus, c'est la "capa". Il enlève les veines des feuilles. Il prend une grande feuille pour la capote. Il plie, arrache et replie d'autres à l'intérieur (la picadura) et pour finir il roule une demi feuille de travers, la capa, pour finir le cigare. Il coupe alors le bout à allumer et il ficèle celui à fumer avec la veine. A couper au moment de le fumer. Il faut le conserver dans un sac plastique pour ne pas qu'il se dessèche.

En fait, quand on sent les feuilles séchées, cela ne sent pas grand chose. L'odeur typique du cigare est donnée par une mixture appelée "thé". C'est de l'eau, du rhum, vanille, sucre de canne, miel, mais aussi de l'anis parfois, à chacun sa recette. Une fois les feuilles cueillies, ils les laissent sécher pendant 3 mois. Ils les arrosent alors de ce fameux thé et les laissent 3 mois de plus.

Tout ça, s'est pour l'artisanal. Dans les fabriques, cela se passe différemment, on devrait voir cela plus tard dans notre voyage.

On parle ensuite de politique avec Juan et son camarade agriculteur. Juan se dit Fideliste mais pas fanatique. Il dit qu'ici ce n'est pas mieux ni pire qu'ailleurs, que de toute façon, ils vivent ici et ne connaissent que ça. Mais le système a ses avantages. Comme par exemple la priorité donnée à l'école, au sport, à la santé et à la sécurité sociale, la retraite. Pour la santé par exemple, le paysan, tout pauvre qu'il est, nous explique que s'il doit avoir une transplantation cardiaque, pas de problème. Il l'aura et ce sera gratuit. C'est vrai qu'on a noté que pour un pays pauvre , les gens ont l'air d'avoir facilement accès aux soins. On a vu pas mal de fauteuils roulants pour les handicapés ou bien ce balayeur-clodo sur la place de Cienfuegos avec son appareil auditif, ou encore le papy-guitariste-historien de la Havanne qui d'après Diane avait un appareil dentaire…

Second petit arrêt devant l'arbre des touristes. Un arbre tout rouge, qui perd son écorce comme s'il pelait et qui en plus sert à faire une infusion pour la diarrhée. Sans commentaire!

Visite ensuite d'une exploitation de tabac. Juan nous explique que 80% de l'agriculture est privée et 20% coopérative. En fait, concernant l'agriculture privée, les gens ne sont pas vraiment propriétaires. La révolution et sa réforme agraire ont mis fin aux grands propriétaires fonciers. Viñales appartenait alors à une seule famille qui habitait à la Havane. Aujourd'hui, voilà comment cela marche plus ou moins. Un paysan qui souhaite exploiter la terre va voir une association gouvernementale qui s'appelle l'ANA – je crois. En échange de 1 peso par an, il reçoit une propriété de plus ou moins 2 caballerias (1 caballeria = 13.5 hectares). Il a alors l'obligation de la cultiver sinon il perd cette terre. Les agriculteurs décident eux-même du prix des produits qu'ils vendent sur le marché. Ils ont une vie assez dure, dans les champs sous le soleil, mais ils ont le niveau de vie le plus élevé de Cuba! Un peu plus élevé, mais quand même… L'inverse de nos pays nous fait remarquer Juan, un paysan gagne plus qu'un médecin ou un scientifique! Et plus qu'un policier, c'est tout dire… En effet, d'après Juan, les policiers gagnent bien leur vie. quelque chose comme 800 pesos cubains (32 dollars). Je sais, ce n'est pas beaucoup, mais en plus ils ont des boutiques spéciales où tout coûte beaucoup moins cher. Histoire d'éviter la corruption. Et il paraît que cela marche. Les policiers ne seraient pas achetables. Par contre, ils fermeraient régulièrement les yeux sur les magouilles des uns et des autres qui contournent la loi pour s'en sortir. Il faut dire que les salaires officiels sont vraiment très très bas. Juan, par exemple. Il est prof de lettres et de mathématiques. Si, si !!! Il travaille 3 soirs par semaine pour donner des formations pour adultes. Il gagne plus ou moins 4 dollars par mois (120 pesos cubains). Du coup, il fait guide pour touristes! Et aujourd'hui, se balader avec nous va lui rapporter 40 dollars. Dix fois son salaire en une seule journée! Mais il ne faut pas croire que du coup il va vivre sur l'or. Les salaires officiels et les prix des produits dans les magasins ne sont pas très cohérents.   Le salaire moyen est d'environ 4 pesos cubain par jour  (ce qui fait 4 ou 5 dollars par mois). Mais en même temps, une livre de pomme de terre coûte 4 peso, un avocat 7 pesos.

Dernier petit truc concernant les agriculteurs : beaucoup n'utilisent pas de tracteurs pour des raisons financières, mais aussi idéologique. D'après Juan, ils aiment vraiment leur terre et beaucoup pensent que l'essence, les gaz et l'huile que crachent les tracteurs tuent cette terre. A ce propos, ils mettent en jachère la terre pendant deux ans régulièrement. Et lorsque la terre est cultivée, ils alternent les cultures pour ne pas l’appauvrir.

Retour au tabac. On a visité un de ces grands hangars qu’on voit chaque fois à côté des champs. Il s’agit de l’endroit où sèchent les feuilles de tabac. Elles seront classés en 3 catégories : A pour les feuilles sans trous destinées à la cape, B pour la capote et C pour les feuilles les plus abîmées qui feront l’intérieur des cigares. Après plus ou moins 3 mois dans les champs, la récolte, puis 3 mois de séchage.

On continue la route. Sur le chemin on croise un arbres préhistorique avec plein d’épines partout. Surprenant.

Juan est vraiment un personnage attachant. Il est super gai et n’arrête pas de plaisanter. C’est l’histoire de Charlie, le cyclone qui a ravagé les Etats-Unis et Yvan celui qui a failli ravager Cuba – il n’y a eu que des dégâts matériels. Yvan demande à Charlie : « - C’était comment les US ? – Super ! J’ai mangé comme un chancre. Hamburger, saucisses, maïs. J’ai un ventre énorme, je ne peux plus bouger. Et toi ? C’était comment Cuba ? – Bein, je suis arrivé et là... tous les cubains m’ont dévoré ! ». Mais en bon Fideliste, il précise quand même qu’aucun croque-mort n’a vu quelqu’un mort de faim à Cuba.

On arrive au pied d’une mogote qu’on escalade par in petit escalier étroit. On suit Juan qui s’engouffre dans une grotte. On se retrouve quasiment dans le noir. Mais la lumière réapparaît de l’autre côté : la grotte est en fait un tunnel qui traverse la mogote. De l’autre côté, la vallée voisine et des champs de terre rouge qui s’étale devant nos yeux. On passe devant un Ceiba. L’arbre sacré de Cuba aussi appelé Fromager. Il y en a même un qui a été béni par le pape à la Havane. Ca fait bien rigoler Juan qui est athée. Sur ce, il enchaîne avec l’histoire des Aquatiques, un groupe de personne qui vit dans la montagne et soignerait par l’eau. Pour lui, une vaste supercherie comme on en voit dans les Lucky Luke où le gars vend ses potions de jeunesse !

Juan nous signale en passant que ce qu’on prend pour d’énormes bambous n’en sont pas. Ce sont des Caña Brava. A s’y méprendre. Sauf que cela ne se plie pas, cela se casse. Et que ça ne se mange pas non plus. On n’est pas en Asie !

Autre blague, ou histoire vraie. Un pote de Juan qui bossait dans un hôtel et qui demande à un Etat-Unien : « Cuba libre ? ». Et l’autre de répondre : « Cuba, no libre ! » PAF, un pain !!! Le gars, a été puni pour cet acte par la justice, à Cuba on ne rigole pas avec la loi. Mais il a tout de même été considéré comme un héro !

Petit arrêt juste avant la fin de cette balade (qui devait durer 3 ou 4 heures et qui en a duré plus de 7) dans la maison de Juan qui nous présente sa femme. Petit jus de pamplemousse... à l’ombre, cela fait du bien. Après être passé pour réserver deux scooters pour demain, dîner dans notre case. Spécialité de Viñales : du poulet au fromage accompagné de frites et de yuca frit. En désert, Mayelin et Aquelina (qui sont en fait cousine en plus d’être voisines) amènent la surprise : un énorme gâteau à la coco pour Séb qui a 30 ans aujourd’hui. Super gentil de leur part

Suite du voyage : Cayo Jutias en scooter

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 Résumé du récit
 
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Viñales
Balade avec Juan

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Suite du voyage