29 mars 2001
Départ pour Madras. Il y fait un peu plus frais qu’à Mamallapuram et les gens sont particulièrement accueillants. C’est une ville agréable, très colorée et… très vivante (“vivante”, en Inde! Quel scoop…). En fait, on a profité de nos petites emplettes pour sillonner la ville à pieds et en bus. Notre hôtel, et donc notre point de rayonnement était dans le China Bazar. Partout, le long des trottoirs, des marchands ambulants de fruits et légumes mais aussi de beaucoup d’autres choses. En plus, on a fait développer nos photos et on a trouvé les deux premiers tomes de Harry Potter. En English please!
30 mars 2001
Le train pour Puri part à 9h00 du mat’, comme prévu. Et arrivera à Bubaneshwar près de Puri, comme prévu également… à 5h30… le lendemain matin. À peine plus de 20 heures.
Par rapport au bus, le train c’est vraiment plus confortable pour un prix dérisoire (aujourd’hui par exemple 400 rps pour 1200 kms soit 65FF). Le seul “hic” avec le train, c’est que c’est là qu’on a le plus de risque de se faire piquer nos affaires. Il y a 5 ans, une fille voyageant avec Marion a failli se retrouver sans rien: un gars était en train de découper son sac à dos alors qu’elle dormait dessus! On a donc décidé de monter des gardes, comme à l’armée. Marion dort, je veille. Marion veille, je dors. Rien de plus simple, pourtant cela n’a pas fonctionné. Non qu’on se soit fait piquer nos sacs, non… mais cela a plutôt donné: Marion dort, je veille… Je veille, Marion dort.
Sinon, le voyage était vraiment sympa. On a goûté aux plats préparés dans le train. L’équivalent de nos sandwiches SNCF. Mais ici, on n’est pas -encore- dans une société fast-food. Ni sandwich d’ailleurs. Alors, les repas dans les trains, ce sont de vrais plats, disponibles pour tous et pas seulement pour les premières classes. Et les cuisines où ils préparent tout cela! Un wagon entier où de nombreux serveurs vont et viennent, où d’autres cuisent, réchauffent, épluchent, préparent… Faut dire que la bouffe, ça occupe non? Et quand les trajets font 20 ou 30 heures, un peu d’occupation ce n’est pas mal.
Dans le train, on a pas mal discuté avec un gars -on a eu le temps. Il parlait de tout et de rien. De politique: ici aussi, on se plaint des impôts, pour ceux qui se demandent ce qui est fait avec les impôts en France, il faut venir ici pour comparer les routes, les systèmes d’évacuation des eaux, les écoles, la collecte des ordures… Mais on a parlé de plein d’autres choses. De sport (Zidane), d’histoire (indépendance de l’Inde et Napoléon), cinéma (il faudra aller voir un film d’un cinéaste indien Satyajit Ray, qui décrit à travers ses films la société indienne, lui, connaissait Depardieu)…
31 mars 2001
En arrivant à Bubaneshwar, la gare avant Puri, nous avons été accueillis par un orage hyper violent et de très violentes pluies. Le toit de la gare fuyait de tous les côtés et du milieu aussi! Ça nous a fait tout drôle après les 40 jours de chaleur auxquels nous venions d’être soumis! Mais ça n’a pas fait beaucoup baisser la température et n’a rien changé à une chose: nous étions mouillés. Seule la raison était différente, pluie au lieu de transpiration. En fait, il s’agit de la pré-mousson comme ils disent ici. La mousson proprement dite, la vraie qui transforme les rues en piscine commence fin avril.
La pauvreté rend bête et méchant. C’est Coluche qui disait un truc comme ça. Et c’est moi qui répète bêtement pour expliquer le comportement des rickshaws. En arrivant à la gare de Puri (se prononce “pouri”), on a pris un rickshaw pour aller jusqu’à la plage. Il nous a déposés, non sans nous montrer 2 hôtels. Si on avait pris une chambre, c’était une commission pour lui, pourquoi pas… Mais bon, ces hôtels, ils étaient pourris (à Puri…). On lui a donc dit merci et on a été voir ailleurs. Mais il nous suivait et ce malgré nos avertissements -gentils d’abord, énervés ensuite. Il a arrêté de nous suivre quand Marion lui a demandé s’il viendrait avec elle quand elle irait aux toilettes… On comprend que ça l’ait fait fuir. En fait, on a appris plus tard par le proprio d’un hôtel qu’il avait fait le tour des hôtels et que, comme à l’habitude et comme tous les rickshaws du coin, il avait demandé une commission équivalente à une nuit. Dans ces cas-là, le prix des chambres grimpe vite car la commission est ajoutée au prix normal. En plus, on nous a dit qu’on avait été suivis par deux autres types en quête de commission. Mais ceux-là, on ne les avait même pas vus. Et pour les hôtels, impossible d’échapper à ce racket. Mais bon, on a réussi à les semer et on a trouvé une chambre dans une petite pension où nous attendait une bien surprenante nuit…
1 avril 2001
Quelle horrible nuit! Après notre trajet “by night”, depuis Madras, une bonne, longue et douce nuit s’imposait. Couchés à 9h00, Lionel nous a réveillés brutalement à minuit “vite, il y a plein de trucs qui me tombent dessus”. Lampe de poche, éclairage, et sortie de la moustiquaire à toute bringuezingue. Notre lit était noir tant il était recouvert de petites fourmis noires portant des oeufs tout blancs. Véritablement recouverts, nos pauvres petits corps aussi vu qu’il fait trop chaud pour se couvrir d’un drap. Des dizaines, des centaines, voire plus de mille fourmis, la plupart mortes à cause du produit imprégnant la moustiquaire! Et il y en avait d’autres, il pleuvait des fourmis à travers la moustiquaire, encore et encore! En fait, il y avait au plafond une monstrueuse colonie de fourmis qui s’était mise en tête de traverser la chambre avec leurs oeufs sur les mandibules par la poutre transversale à laquelle est accroché le ventilateur… en marche! Donc dès qu’elles s’en approchaient, le vent en éjectait les deux tiers qui tombaient sur la moustiquaire où elles s’empoisonnaient avec le répulsif, puis tombaient à travers les mailles (ce sont vraiment de toutes petites fourmis) sur nos pauvres petits êtres endormis…
On a coupé le ventilo, fait un grand ménage tout en sautillant partout vu que des centaines de fourmis couraient à toute vitesse dans tous les sens et surtout sur nos pieds. Pendant ce temps, une partie des rescapées du plafond est partie dans les murs. Puis nous nous sommes recouchés, mais sans ventilateur de peur que les quelques centaines de fourmis toujours accrochées au-dessus du lit ne tombent, et avec la lumière allumée pour les surveiller. Lionel s’est endormi. Vers 3h00 du matin, je suis allée éteindre la lumière, et là, “boooom”, l’ampoule m’a explosé au-dessus de la tête! Quelle trouille! Pourvu que ça ne réveille pas les fourmis. Grand nettoyage pour enlever les bouts de verre. Bref, une nuit bien agitée.
À propos des rabatteurs rickshaws, on en a encore de bien bonnes. À Madurai, alors que nous cherchions un hôtel précis, un rabatteur à pieds nous en propose un “very cheap” et nous dit bien que celui que nous cherchons est pourri. Merci et au revoir. Mais il nous suit, à distance tout de même. Arrivés à l’hôtel, nous faisons affaires. Une fois dans la chambre, surprise, une sonnerie de téléphone! C’est la première fois que l’on voit un téléphone dans un hôtel (hors les luxueux de Delhi). Alors, on ne répond pas. Ça résonne. C’est la réception qui veut savoir si nous sommes venus seuls. “Absolutely alone”. C’était l’autre rabatteur qui les avait dénigrés qui essayait d’obtenir une commission… Sont fous ces rickshaws. En plus, ils sont agaçants, on ne peut pas faire deux pas dans la rue sans entendre un brutal “he, rickshaw?” très impératif. Même quand on descend d’un autre à la minute même. C’est usant.
À Puri près de la plage, c’est très reposant, très peu de circulation, bons poissons, un air de campagne. Il y a le village de pêcheurs, avec ses petites maisons en torchis et toits de paille, plantées dans le sable. Seules les dizaines de barques de pêche alignées sur la plage les séparent d’un océan Indien agité. Autour, parfois à 2 mètres des petites maisons, ça bétonne à tours de bras. Surprenant contraste du torchis et des immenses hôtels de luxe en béton armé!!! Se perdre dans le village hors du temps (de toutes façons on ne peut pas ne pas s’y perdre) est un régal, un voyage à une autre époque, jusqu’à ce qu’une nuée d’enfants plutôt agressifs et prêts à fouiller nos sacs nous bondisse dessus. Dommage ce côté pervers développé à cause du tourisme.

