25 mars 2001
Mahabalipuram, qu’on peut aussi écrire Mamallapuram, c’est un peu au nord de Pondichéry. Dès que nous y sommes arrivés, on s’y est sentis bien. C’est un village de tailleurs de pierres, au bord de la mer. Sur la plage, il y a un temple, on a pu le voir au loin assis sur une grosse barque de pêcheurs rangée sur le sable. Il n’y a pratiquement jamais de véhicules qui passent, car les rues où il est agréable de se balader sont en retrait de la rue principale où le bus nous a déposés. Ici, les bruits de moteur sont remplacés par le bruit des burins et marteaux, beaucoup moins violents et presque harmonieux.
En plus, on a trouvé un endroit vraiment chouette pour habiter. Ce n’est pas luxueux, les toilettes et la douche sont communes. Mais c’est très bien tenu, très coloré et partout il y a des plantes et des arbres: des papayes, des bananes, des bananes rouges (ce sont les meilleures), des “jackfruits” (on ne sait toujours pas ce que c’est), des oranges, des fleurs qui sentent la salade de fruits,… Mais surtout, ce qui est génial au “Erwin Danussi Cottage”, c’est qu’on a l’impression de partager un bout de vie avec la propriétaire Frida et sa fille Émilie (tout juste 20 ans). Elles n’ont que 2 chambres, elles étaient déjà prises -par des Français. Qu’à cela ne tienne! Elles ont débarrassé leur propre chambre, une toute petite pièce bien remplie. Il y a partout des bagages que des touristes laissent là pendant qu’ils se baladent dans le coin, deux grosses armoires, et sur le côté un grand lit couvert d’une moustiquaire toute trouée! Juste à côté, une petite pièce ouverte sur la courette, où trône une télévision. Je ne sais pas ce qu’il y avait au programme ce soir, mais elles se bidonnaient toutes les deux juste avant de dormir sur le matelas posé par terre… devant notre porte. On était bien gardés!
26 mars 2001
Bonne balade de long en large, sur la plage avec ces drôles de barques de pêcheurs (en fait des morceaux de bois attachés ensemble qui remontent très légèrement devant et derrière) autour du temple du Rivage, dans un bistrot (faut bien s’abreuver), dans les rues au milieu des tailleurs de pierres, le long de la fresque représentant la descente du Gange canalisée par Shiva dans ses cheveux (on y voit même un chat qui fait le yogi et des souris qui dansent à ses pieds! et un éléphant qui se transforme en vache selon l’angle sous lequel on regarde, ils sont forts ses sculpteurs sur rochers, et quel humour!) et plein de petits temples sympas. Cette balade nous a permis de prendre nos premiers vrais coups de soleil malgré l’écran total appliqué 2 fois en 3 ou 4 heures en couches généreuses!
L’entrée de nombreux monuments indiens est désormais payante et pas qu’un peu! C’est plutôt récent (septembre ici). Les touristes étrangers paient plus cher que les Indiens. Chacun selon son pouvoir d’achat, a priori, OK. Mais quelques fois, c’est dingue. On avait déjà vu ça avec le Taj Mahal (près de 1000 roupies chacun, 20 pour les Indiens), le Fort Rouge d’Agra (500 rps). À Gingee à nouveau, la visite de quelques vieilles pierres gratuite jusqu’à présent oblige à débourser 250 roupies (5 pour les Indiens). Et ici, c’est le temple du Rivage dont le prix est exorbitant: 450 Rps (10 pour les Indiens). Du coup, seuls les touristes en voyage organisé (“all include”, lesquels semblent d’ailleurs se développer en Inde) y vont, les “individuels” regardent au-dessus des barrières! 450 roupies, ça fait presque 75 FF, comparé au coût de la vie ici, c’est fou (100 roupies la nuit, 25 pour un repas complet…). Comparé à des activités culturelles en France (musées, ciné, …), c’est aussi très cher. De plus, comme dit Lionel, pour eux ces temples sont hypers importants. Leur religion hindoue y est représentée et les représentations sont l’un des ciments de l’hindouisme. Mais pour nous, ce sont certes de beaux monuments, de belles sculptures, mais ils ne représentent pas le même intérêt, ils ne sont pas aussi chargés de mythes et de croyances. Le prix devient alors prohibitif. C’est dommage et ils sont les premiers à le reconnaître, car du coup les touristes n’y vont plus et leur culture devient moins abordable et surtout moins abordée. Sans compter qu’il faudrait peut-être mieux avoir 50 visiteurs à 50 Rps que 5 à 450. Mais comme partout, c’est le gouvernement qui décide, et comme partout, il est lent à se lancer, lent à s’apercevoir de ses erreurs et hyper lent à les réparer. Longtemps, les droits de visite ont été symboliques, une période d’excès démarre, peut-être que dans quelques années le prix sera le bon, rapportant assez pour l’entretien et le développement mais sans être une barrière… Qui vivra verra.
Je crois que les Indiens sont hypers conviviaux… Lors de notre balade, comme lors de TOUTES nos balades, nous n’avons jamais été seuls. Un petit garçon a d’abord commencé à nous suivre, non sans avoir posé les questions rituelles: what’s your name, where do you come from, how long you stay in India… Comme ça, gentiment parce que “today is holliday so school is closed”. Puis un plus âgé nous a accompagnés racontant plein de choses notamment sa vie (il va se marier et partir vivre à Toulouse avec sa copine étudiante là-bas en école d’infirmière mais à part ça il est tailleur de pierres et d’ailleurs sa boutique est tout près… -sic) à Lionel, puis d’autres, grands et petits attendant patiemment que le précédent ait fini pour commencer leur prose. C’est plutôt sympa, sauf qu’on ne peut même plus discuter sans être interrompus -parfois avec force- par nos gentils accompagnateurs! En plus, ils essaient tous de nous expliquer tout ce qu’il y a à voir, si bien qu’en plus des 2 lectures du Routard, nous avons eu 3 ou 4 fois l’explication de la fresque de pierre (plus de 20 mètres de long sur 9 de haut). Le point commun à tous: après 5 ou 50 minutes de discussion (ou monologue quand nous étions lasses) tous avaient quelque chose à nous vendre, un magasin à montrer “only look, don’t like, don’t buy”, ou quelques roupies à nous demander “pour les services rendus” je suppose. Alors, conviviaux les Indiens ou plutôt patients et indirects en affaires? Peut-être bien les deux. Le truc agaçant, ils ne veulent pas comprendre que visiter les magasins toute la journée ce n’est pas vraiment notre tasse de thé, ni que ce n’est pas parce qu’on aime bien quelque chose qu’on va l’acheter. Chacun défend son bifteck, je le comprends tout à fait, mais ce n’est pas une raison pour acheter 10 fois la même chose, même si c’est à 10 vendeurs différents.



